Partie 6

Quelques minutes plus tard, Matthias ayant trouvé ce qu'il cherchait, brancha les amplis sur le PC, et mit le son à fond.

-Il ne te reste plus qu'à jouer, et bien sûr chanter, plaisanta-il.
-Et pourquoi le ferais-je ? dit-elle, provocatrice.
-Pour moi, répondit-il, sûr de lui.

Ne disant rien, elle se mit en place au piano, et en même temps que Matthias mettait en route l'instrumental, elle joua et se mit à chanter :

Lithium,
Don't want to lock me up inside
Lithium
Don't want to forget, how it feels without...

Matthias n'en revenait pas, cette voix qui à l'ordinaire semblait banale, était en fait un véritable trésor. Il l'écoutait, la bouche entrouverte. Malgré tout, il s'attendait à un dérapage vers la fin de la chanson. En effet, la voix devait monter très haut tout en restant juste. A dire, c'est simple, mais pas à faire. Avec une légère appréhension, il écouta la fin de cette musique :

I can't hold on to me
Wonder what's wrong with me
Lithium- Don't want to lock me up inside
Lithium- Don't wants to forget
How it feels without
Lithium-I want to stay in love with my sorrow
Oh but God I want to let me go

Il n'en revenait toujours pas, pas une seule fausse note, et cette puissance de voix qui faisait passer tant d'émotions... Quand Lucie releva la tête du piano, elle rougit en voyant le regard que Matthias lui lançait.

-Mais arrête de me regarder comme ça ! s'exclama Lucie en détournant le regard.
-Pourquoi ?
-Parce que... Tu arrêtes, c'est tout !

Matthias sourit, convaincu de pouvoir parvenir à ses fins. Même s'il devait attendre, il le ferait. Il arrivait toujours à ses fins. Gênée, Lucie se leva, prit son sac et s'apprêta à partir. Il la retint par le bras :

-Mais attends, te barre pas, tu vas où ?
-Chez-moi, répondit-elle sèchement, pourquoi ?
-Et sais-tu où ton « chez toi » est ?
-Euh...

Elle regarda Matthias d'un ½il pas sûr, se méfiant soudainement de lui. Pourtant, n'importe qui en le voyant aurait confiance. Il faut dire que ses yeux inspirent ce sentiment, ainsi que sa voix, à la fois douce et grave. Mais Lucie sentait autre chose, comme une voix en elle, qui lui disait de se méfier, de ne pas trop s'ouvrir à lui.

-Non je ne sais pas où il se trouve, dit-elle à voix basse.
-Raison de plus pour que je t'accompagne, triompha Matthias, allez rho je ne vais pas te manger !
-Encore heureux, plaisanta Lucie.

Elle se détendit, préférant voir plus tard ce qui se passerait par la suite. Lucie lui donna l'adresse, et c'est ainsi que tous en marchant, Matthias lui demanda son numéro de portable et son adresse MSN.

-Par contre sur MSN je n'y suis jamais, précisa Lucie, comme là où je suis il n'y a pas internet, bah voila quoi...
-Pas de problème, du moment que je peux t'appeler ou t'envoyer un sms, moi ça me convient.
-C'est un peu stupide, on se voit au lycée, dit Lucie en riant.
-Oui, admit-il, mais la nuit tu n'es pas au lycée, et pendant les vacances non plus.
-Nan mais euh déjà la nuit je dors moi, ou bien me je me balade, je ne sais pas mais euh la nuit je mets mon portable en silencieux alors euh...
-D'accord d'accord j'ai compris pas grave.

Ils marchèrent en silence, un silence assez pesant. Lucie regardait partout autour d'elle, afin de mémoriser le chemin pour aller au local. Car elle avait pris sa décision, elle viendrait, pour sûr. Quand ils arrivèrent, Matthias fut étonné du lieu.

-Es-tu sûre que c'est ici ?
-Oui oui pourquoi ?
-Euh... Comme ça

Il l'accompagna devant la porte, impressionné par la bâtisse. Ne sachant pas de quelle manière dire au revoir à Lucie, il resta comme un imbécile planté devant elle, alors elle prit les devants. Simple bise, ni trop amicale, ni pas assez, juste comme il le faut, même s'il faut l'avouer, Matthias voulait autre chose, mais il prendrait son temps, tout son temps... Il se retourna et s'apprêta à partir quand Lucie l'appela d'une fenêtre :

-Matthias ! Tu veux monter un moment ?
-Avec plaisir !

Il entendit des bruits de portes claquées, et vit Lucie ouvrir le portail, un grand sourire sur son visage Il lui rendit son sourire avec entrain, heureux de ce soudain changement de projets. Il la suivit, jetant un coup d'½il curieux autour de lui. De nombreuses portes s'alignaient, toutes à la base semblable, mais arrangée par les locataires des pièces. Lucie s'arrêta devant une porte décorée de posters d'Eths, Evanescence, Korn et autres. Elle poussa la porte, et s'effaça pour que Matthias puisse entrer :
-Voici mon antre, dit-elle modestement, fait comme si c'était ton bordel !
-Chouette ! Je vais pouvoir tout balancer par la fenêtre ! Plaisanta Matthias.
-Essaye, et c'est toi qui y passe !
# Posté le dimanche 06 avril 2008 13:48
Modifié le dimanche 20 avril 2008 09:17

Partie 7

Matthias éclata de rire, regardant Lucie en se demandant comment un être si chétif pouvait passer un gaillard comme lui par une fenêtre...Tandis que Lucie s'asseyait sur son lit, parlant à propos du local, Matthias prit place à coté d'elle et lui demanda, taquin :

-Mais tu ne t'arrêtes jamais de parler ?
-Mais je t'emmerde, répondit-elle du tac au tac.

Il rit, et en même temps chercha son portable. Se rendant compte qu'il l'avait oublié, il se tourna vers Lucie, qui le regardait aussi. Ne disant rien, il la regarda, les pensées se bousculant dans sa tête. Elle était décidément très belle, mais chose curieuse, il n'arrivait pas à regarder ses yeux.

-Putain de merde, murmura Matthias
-Quoi ?
-C'est incroyable comme tu es belle...

Elle ne répondit rien, rougissant. Au bout d'un long silence gêné, Matthias se leva et fournit une excuse stupide afin de rentrer chez lui. Il se cogna dans la porte, mal guidé par ses jambes, un froid dans sa tête, ses entrailles se nouant. Arrivant chez lui, ne disant bonjour a personne, il alla directement dans sa chambre et envoya un message à Enzo disant « les paris sont ouverts, maximum la fin de l'année pour Lucie ». Quelques minutes plus tard, le portable de Matthias vibra, la réponse d'Enzo s'affichant sur le vieil écran « pari tenu, je l'aurais avant toi ! »

-Je l'aurais, dit-il à voix basse, et avant qu'elle ne comprenne ce qui lui arrive....

Pendant ce temps, Lucie tentait de travailler sur un texte, mais l'image de Matthias revenait sans cesse devant ses yeux. Agacée, elle rangea ses affaires pour le lendemain d'un geste rageur dans son sac. Revenant à son texte, elle fredonna son morceau préféré, puis enfin trouva une idée qui pourrait être concluante. Elle écrivit, écrivit encore, encore et toujours, ne voyant pas les heures défiler comme le soleil glisser lentement vers la nuit.Quand enfin Lucie eut fini, elle regarda son texte avec enthousiasme, certaine qu'il plairait à Matthias, ainsi qu'au reste du groupe. Mais elle leur montrerait plus tard, le temps de bien s'intégrer, et de s'assurer d'une ou deux choses. Au stylo rouge, elle marqua en lettres capitales le titre de sa chanson, « L sans M n'est rien ». Avec le sentiment que finalement cette journée n'avait pas été aussi désagréable que prévue, Lucie descendit dans la salle à manger commune, prit une pomme et une part de flan, mangea son butin sur son bureau et alla se coucher. Toujours l'image flottante de Matthias devant ses yeux, elle s'endormit avec un sourire aux lèvres, et dans la tête le compliment du jeune homme. Matthias prévoyait déjà comment avoir Lucie, ne sachant pas que bientôt ceci ne serait plus un jeu pour les deux compères, mais une vraie bataille....

Enzo lui aussi réfléchissait, étant persuadé d'arriver à ses fins. Mais c'était sans connaître Lucie, qui avait déjà un sérieux penchant pour Matthias ; Et pour qui Enzo n'était rien. Celui-ci à 17 ans n'avait jamais eu de vraies « copines » car il est connu pour être un sérieux rouleur, et pourtant il n'était pas si méchant que ça, au contraire. Au début, c'est lui qui voulais Sélène, mais celle-ci à était charmée bien vite par Johan, qui étais beaucoup plus sérieux que son frère.

Tous quatre se connaissaient depuis le collège, et jamais ils n'ont étaient séparés, et ils ne le seront pas de si tôt. Leurs groupe, appelé « Dhaka », est fondé depuis 4 ans, et ne faisait que du rock et du métal.

La nuit passa, et le réveil sonna chez Lucie à 6h30. Se levant avec beaucoup de mal, elle fila directement à la douche, avant que les autres jeunes ne se lèvent à leurs tours. Dans le couloir elle croisa David, son voisin de chambre, et aussi meilleur ami depuis l'enfance.

-Lucie ! Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas parler !
-Excuse-moi, dit Lucie, mais en ce moment je ne passe plus beaucoup ici, avec le lycée et tout...
-Ce n'est pas grave, mais je veux que samedi tu sois avec moi !
-Comment refuser ? Ria Lucie
-Tu ne peux pas ma puce !

Elle éclata de rire, et partit sous la douche. Elle n'ignorait pas que David était amoureux d'elle, même si celui-ci ne lui avait encore rien dit. Mais pour Lucie, il était un peu trop âgé, elle n'ayant que 17 ans, et lui 25. Et surtout, pour elle, David est un grand frère. Voyant l'heure, elle se hâta de s'habiller, et sans manger, elle prit le bus pour le lycée, un peu essoufflée. Sons sac se balançant sur son dos, elle se dirigea d'un pas un peu incertain vers Mathias et sa « bande ». Les têtes habituelles la saluèrent en souriant, mais Lucie vit un autre jeune homme, visiblement plus âgé que le reste

-Bonjour inconnu, plaisanta Lucie.
- Ah oui, s'excusa Matthias, j'avais oublié... Marc bah voila c'est la new, tu sais, celle dont je t'avais parlé... Lucie, je te présente Marc, il fait un peu de tout dans le groupe...
-Ah d'accord... Mon cerveau de blonde cachée a tout compris !
# Posté le dimanche 06 avril 2008 13:49
Modifié le dimanche 20 avril 2008 09:18

Partie 8

Tous éclatèrent de rire, Marc y compris. Enzo voulant prendre de l'avance sur Matthias, il se pencha sur Lucie et lui murmura :

-Tu sais qu'en plus d'un bon sens de l'humour, tu es très belle ?
-Tu sais qu'en plus d'être hideux, tu es très con ? Répliqua t-elle sèchement à haute voix.

Mathias ricana, certain d'avance de sa victoire. Marc regarda les deux compères, commençant à comprendre lentement la situation. Il regarda aussi Lucie, et se dit :

-Bande de gamins...vous n'y toucherez pas.


Il en avait un peu sa claque de ce petit jeu, amusant au début, agaçant à force. Et cela durait depuis 3 ans. Généralement, elles en ressortaient vaguement indemnes, larmoyantes et la tête rentrée dans les épaules, mais certaines tombaient littéralement dans la déprime, le plus souvent celles qui passaient par Matthias. Une seule fois celui-ci avait été amoureux, et même si son histoire avait duré un an, et qu'aujourd'hui c'était fini, il aimait cette personne encore.
Lucie resta silencieuse, regardant Enzo avec une expression qui semblait signifier « si tu m'approche, fait-gaffe à toi ! » Puis elle demanda à Marc :

-Euh...c'est qu'une impression, ou tu n'es pas vraiment dans la même section ? Enfin je veux dire... Bafouilla-t-elle, euh bah euh...
-Déstresse la miss, répondit-il en souriant, la différence entre toi et moi, c'est que tu es une élève, et moi un simple pion.

Puis, voyant l'expression très intriguée de Lucie :

-En fait, comme j'ai arrêté les études très tôt, bah je travaille très tôt... t'inquiète j'ai que 26 piges.
-A bon ?je pensais que tu étais plutôt du collège, plaisanta-t-elle.
-Ouais, bah méfie-toi, répondit-il sur le même ton, je peux mettre des heures de colle !

Lucie eut un sourire provocateur, auquel Marc répondit par un clin d'½il complice. Matthias regarda cet échange d'un mauvais ½il, commençant à être agacé par son aîné. La sonnerie retentissant, Marc dit :

-Bon ce n'est pas que je m'ennuie, mais j'ai les Seconde 6, des vrais teignes je vous jure, un jour je les balancerais par la fenêtre...

Lucie et Sélène s'esclaffèrent, et Johan proposa son aide. Mais les cours restaient les cours, ainsi que les horaires. Ils montèrent en Histoire, toujours en pestant intérieurement. Cette fois-ci, Matthias se mit à coté de Lucie, n'hésitant pas à la frôler, lui poser la main sur l'épaule, etc. Il croisa le regard d'Enzo, un sourire complice sur ses fines lèvres. Lucie, ne sachant pas trop pourquoi, était gênée. Prenant son cahier, elle se décala légèrement de Matthias et écrivit ce que le prof dictait. Elle trouvait Matthias différent, plus joueur, plus... séducteur. Enzo l'agaçait particulièrement, le trouvant imbécile et trop vaniteux. Plongée dans sa rêverie, elle ne suivait plus du tout le cours. Le professeur se planta devant elle, et posa avec violence ses mains sur le bureau :

-Hein...quoi ? Bafouilla Lucie.
-Avez-vous- écoutez ? Aboya-t-il.
-Ecoutez quoi ? Fit-elle, étonnée.

Sa réponse fit beaucoup rire la classe, mais pas l'homme. Son teint devenant vite rouge, il hurla à Lucie de partir en permanence. Celle-ci se leva en soupirant, prit son sac et partit en claquant la porte.

-S'il croit que je vais attendre une heure en perm', il peut se la mettre où je pense, marmonna-t-elle.

Elle avança un peu dans le couloir, puis s'adossa contre le mur en sortant son mp3. Les minutes défilaient lentement, trop lentement. Entendant des bruits de pas, elle rangea en quatrieme vitesse son mp3, et se redressa subitement. Lucie s'affaissa de nouveau quand elle reconnu Marc.

-T'es pas en cours toi ?!
-Renvoyée, grogna Lucie.

Il la contempla, songeur. L'habituelle fille qui fout en l'air sa scolarité, alors qu'elle a sans doute beaucoup de potentiel. Il lui tendit la main :

-Allez, viens. Ne perd pas ton temps contre un mur.

Toujours en soupirant, elle se laissa diriger par Marc, se demandant pourquoi elle continuait à aller au lycée. Marc l'emmena à la cantine. Ils s'assirent à une table isolée. Marc prit la parole :

-Bon alors dit moi, tu as un projet ? Pour la suite, après le lycée ?

Lucie le regarda, fît craquer ses doigts et répondit :

-En quoi ça te regarde ?
-Ne Commence pas à montrer les crocs, ça ne te va pas...

Elle lui lança un regard noir, que Marc soutint sans problème.
# Posté le dimanche 06 avril 2008 13:49
Modifié le dimanche 20 avril 2008 09:19

Partie 9

-Fac de lettres, grommela-t-elle.
-Hey c'est au poil ça, tu écris ? Questionna Marc avec avidité.
-Ouais... Vaguement.

Elle fuyait le regard de Marc. Elle ne voulait pas parler d'elle, de ses soi-disant projets, car elle n'en avait pas. Il avait très bien compris à qui il avait affaire. Et savait que la partie serait rude, ne serait-ce que pour lui parler ouvertement, sans qu'elle se renferme. Il l'observa encore une fois. Dur de la regarder droit dans les yeux, elle les avait toujours détournés. Cette manie de se tordre et retordre les doigts l'énervait au plus haut point. C'est pour ça qu'il lui saisit les mains brutalement, peut-être trop.

-Tu poses tes mains ailleurs... Dit lentement Lucie
-Excuse-moi, mais je n'aime pas entendre tes os craquer !
-Dans ce cas là, n'écoute pas, répliqua-t-elle.

Elle se leva assez énervée, au même moment la sonnerie retentit. Marc eut un regard désolé en la voyant partir ainsi, ses longs cheveux balançant de droite à gauche. Tant pis, après tout ce n'est pas ses affaires. Il se leva à son tour, fit un signe de main à sa collègue de cuisine, et retourna au secrétariat. Il croisa Mr Sterne, le professeur qui avait renvoyé de cours Lucie :

-Dites-moi, La nouvelle, Lucie là, est-elle allée en surveillance ?
-Euh... Hésita-t-il quelques secondes, oui, oui elle était avec moi d'ailleurs.
-Très bien. Vous savez ces jeunes il faut les mater... A la dur, de mon temps...

A partir de ce moment, Marc avait complètement décroché. Ce discours, il l'avait maintes fois entendu, et le connaissait par c½ur. Même s'il était entièrement contre ces propos. Chaque individu n'est pas un numéro, mais un être a part entière. Chaque individu a sa manière d'avancer, et donc a des solutions proposées différentes. Mais n'étant qu'un simple surveillant, ses idées restaient au fin fond de sa tête. Il soupira en s'asseyant. Il se demandait si au bout du compte, avoir arrêté ses études était une bonne chose. Il trouvait qu'il avait été propulsé dans la vie sociale beaucoup trop tôt. Bien sûr, il aimait avoir cette indépendance, enfin son propre toit, gérer tout dans sa vie, mais il y avait comme une sorte de vide inexplicable...
Perdu dans ses pensées, il ne se rendit pas compte que Mr. Sterne lui demandait son avis. Du moins pas tout de suite...

-Je suis tout à fait d'accord avec vous monsieur ! décréta-t-il bêtement.
-Très bien, j'avais peur d'être trop sévère pour son premier jour, vous lui donnerez ça à la récré ?

Il regarda le papier, se demandant à quoi il avait donné confirmation... Il ouvrit de grand yeux quant il comprit. Lucie ne serait pas très joyeuse quand elle saurait qu'elle est collée... Il se passa la main nerveusement dans les cheveux. Ca lui apprendra à rêvasser et à ne pas écouter ce qu'on lui disait. Restait à l'annoncer à l'intéressée. Il soupira, se demandant ce qu'il faisait là. Il regarda d'un air songeur la pendule. 15h20... Il devrait donner le fameux bulletin dans juste 10 minutes. Soudain curieux, il voulu en savoir plus sur Lucie. Ayant la clé du tiroir contenant tous les dossiers, c'était simple...Il se glissa tel un voleur près du bureau administratif, et consulta le bulletin de colle pour savoir le nom de Lucie.
-Grant... Enfin !

Il avait cette manie de murmurer quand il se concentrait. Cette attitude lui avait valu quelques désaccords avec ces professeurs lors des rares examens qu'il avait passé. Voulant lire le dossier au calme chez lui, il le glissa dans son sac et partit ni vu ni connu. Dehors, quelques élèves étaient déjà sortis, le soleil pointait timidement, mais le froid était au rendez-vous. La sonnerie sordide retentie encore. Aussitôt l'habituel bruit de cavalcade dans les escaliers, suivi des jurons et éclats de rire proéminents habituels. Habituels. C'était le mot. Habituel comme cette ambiance, habituel comme cette grille qui s'ouvre et se ferme dans un couinement mécanique sinistre. Marc secoua la tête comme pour chasser une mauvaise idée. Il reconnut dans la masse la haute tête de Matthias. Il se dirigea vers lui, pensant que Lucie n'était pas loin. Il posa lourdement la main sur l'épaule frêle du jeune homme. Celui-ci grogna :

-Imbécile tu me ferais presque mal.
-Respecte tes aînés, ils ont le pouvoir sur toi, répliqua Marc.
-Ah ouais ? Et lequel ?
-Celui de te foutre deux heures de colles, triompha t-il.
-Ce qui serait de l'abus de pouvoir, déclara Lucie.

Elle venait d'arriver avec Sélene, regardant avec une certaine amertume Marc. Il lui donna le fameux papier sans rien dire, du bout des doigts, n'hésitant pas à la regarder droit dans les yeux. Celle-ci soutint son regard, et de ses mains fines déchira lentement le bulletin en grommelant quelque chose du genre « il peut se le mettre où je pense ». Elle mit les débris dans la main de Marc en souriant.

-T'es complètement folle décréta Matthias d'un ton sérieux.
-Je sais. Je me suis enfuie d'un asile de fous, les infirmiers me lançaient des piqûres dansle postérieur mais la graisse a amorti le choc.

Il éclata de rire en ramenant d'une main ses cheveux en arrière. Au même moment Enzo arriva, posant négligemment son bras sur l'épaule de Lucie. Il ressemblait à un jeune coq en bombant le torse ainsi. Lucie se dégagea vivement, le regardant avec mépris et dit d'une voix froide :

-Ton bras tu le poses ailleurs.
-Lucie Lucie Lucie, tu devrais te montrer a ton vrai jour, tu es belle, il ne peut pas s'y cacher un monstre, dit-il d'une voix suave.

Elle le fusilla du regard. Sélene ne disait rien, observant la scène avec intérêt. Il était clair que Lucie avait du caractère, mais elle savait qu'Enzo était têtu. Matthias, lui, voyait ces instants d'un mauvais ½il. Il trouvait l'approche d'Enzo beaucoup trop grosse, mais il devait l'avouer il avait une certaine classe. Pendant ce temps Marc était retourné à ses occupations. Un grand silence ce fit.

-Bon c'est bon on ne va pas s'arrêter à ça. Il est où Juan ? demanda Lucie
-Johan, repris en souriant Sélene, il à été retenu par le prof pour une soi-disant tentative de triche.
-Que c'est mignon de défendre son Chéri !

Elle fit un clin d'½il à Sélene, et sans un mot partit on ne sait où. Matthias la regarda, quelque peu admiratif. La plupart fondaient en entendant les mots d'Enzo, ou en regardant les yeux de Matthias. Mais elle, pas un sourcil levé. Envers Enzo, elle ne montrait que du mépris. Pendant que les autres parlaient de la future répétition, il regardait dans le vide. Cette fille, elle lui faisait penser à Elle. Si douce, si belle, si distante Leila. Lucie avait cette même manière de sourire. Il n'avait pas compris pourquoi Elle était partie si loin de lui. Aucune nouvelle, pas même une lettre, un message. Rien. Comme si tout avait été un rêve. Mais après tout...

-Pas de nouvelle, bonne nouvelle, dit-il à voix haute.
-Hein ? T'es à l'Ouest mon vieux

Il regarda Enzo d'un air morne, et partit à la recherche de Lucie. Il la trouva près de la sortie, toujours entrain d'écouter son MP3. Il s'assit à coté d'elle et attendit qu'elle enlève ses écouteurs pour lui parler.

-Demain aprèm' tout le monde se réunit au local, tu viens ?
-Euh... Ouais si tu veux. Par contre tu garderas ton portable allumé parce que me connaissant je vais me perdre.
-Ok. Mais pas de faux bonds hein ?
-A moins que d'ici demain je me fasse enlever par des extra-terrestres, ou que je meure écraser par un Godzilla, je viendrais.

Il sourit gentiment, pris sans demander un des écouteurs et écouta avec Lucie une balade italienne. Puis il reconnu les premiers accords de «Détruis-moi » et sourit de nouveau. La sonnerie retentit une fois de plus, il se leva et aida Lucie à en faire de même.
# Posté le dimanche 06 avril 2008 13:51
Modifié le dimanche 20 avril 2008 09:20